| | | | Géographie parisienne sommaire |
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La fête de Nowrouz à Paris de Jamshid Goldmakani
| À Paris chaque communauté a son quartier plus ou moins défini par des raisons historiques ou politiques. Ces quartiers constituent un noyau dur qui a pu s'agrandir et se diluer avec l'arrivée de nouvelles populations.
Un montage des Actualités Gaumont de 1910 à 1930 retraçant la construction de la mosquée, et un documentaire intitulé A l'ombre de la mosquée traitant de la vie des immigrés à Paris à la fin des années 1940, nous rappellent que la communauté maghrébine était installée dans le 5e arrondissement. C'est d'ailleurs là que se trouvaient les premières imprimeries en langue arabe. Cette communauté s'est, par la suite, établie dans les quartiers de la Goutte d'Or et de Belleville. Encore faut-il distinguer le côté pair du boulevard de Belleville où sont installés les Juifs d'origine tunisienne et le côté impair plus arabisant. Toujours dans ce quartier, la communauté maghrébine doit maintenant composer avec la communauté chinoise, qui a fait du 11e arrondissement son troisième point d'ancrage à Paris, allant jusqu'à rendre parfois invisible les premiers arrivants.
L'Égypte est plus présente dans le 16e arrondissement où l'élite s'est installée lors de la prise de pouvoir de Nasser en 1952.
L'Iran se retrouve dans le 15e arrondissement, autour du quai André-Citroën. Un promoteur immobilier français avait mis en vente des immeubles situés dans ce quartier auprès des populations aisées iraniennes avant la révolution. A l'heure de l'exil, ces populations se sont toutes retrouvées là. Ce quartier est ainsi l'épicentre de la communauté même si avec le temps elle s'est dispersée, comme en témoigne le documentaire La fête de Nowrouz à Paris de Jamshid Goldmakani sur le nouvel an iranien.
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Place de la Concorde, Film Lumière
| Les relations entre la France et les pays arabes remontent à une époque où chacun voyait dans l'autre un mystère, une fascination, une attirance. En France, "dès l'an III de la République, la Convention ordonne de traduire et d'imprimer en arabe son Adresse au peuple français. L'Imprimerie nationale utilise les caractères dessinés par deux maronites du Liban [...] qui avaient enseigné l'arabe au Collège royal, au début du XVIIe siècle", nous rappelle Pascal Blanchard. |
| "Le Paris arabe", sous la dir. de Pascal Blanchard, La Découverte, Paris, 2003 | |
Tout au long du XIXe siècle, Paris va intégrer des éléments décoratifs typiques dans son architecture. Pour s'en convaincre il suffit de se promener dans Paris et d'aller jeter un oeil à la fontaine du Palmier et ses sphinx, au centre de la place du Châtelet, que l'on aperçoit dans le montage de vues muettes intitulé Paris 2e partie de Georges Auger. Sans oublier l'un des monuments incontournables de la capitale : l'obélisque de la Concorde. Ce cadeau fait à Louis-Philippe par le vice-roi d'Égypte Mehemet Ali en 1831 est érigé dès 1836. Les opérateurs Lumière parcourent la ville avec leurs appareils de prise de vue et le filme dès 1896-1897 dans La place de la Concorde. Cette attraction est réciproque puisque très vite des étudiants, des scientifiques, des intellectuels viennent en France pour goûter à cette liberté tant vantée. C'est ainsi que des journaux en langue arabe verront le jour à Paris alors "[qu']aucun journal n'existe encore dans de nombreuses régions du monde arabe". |
| "Le Paris arabe", sous la dir. de Pacal Blanchard, La Découverte, Paris, 2003 | |
Aux intellectuels du XIXe siècle succéderont les ouvriers au début du XXe. Ces échanges et allers-retours faciliteront une prise de conscience de leurs conditions et amèneront à l'émergence des mouvements d'indépendance.
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| | | Pourtant, tout au long du XXe siècle, le sentiment anti-arabe ne cessera de croître au sein de la population française. Il est alimenté à la fois par la droite maurassienne et par la gauche, fière de son empire colonial, qu'elle voudrait voir s'étendre de Rabat à Damas. Le racisme suit ainsi deux mouvements bien distincts. Les partisans de l'extrême droite voudraient renvoyer tout étranger dans son pays, les militants de gauche, sûrs de leur devoir de civilisation, souhaiteraient étendre leur influence bienfaitrice aux peuples du monde entier. Ainsi par ce double mouvement, et pour ne prendre qu'un seul exemple, les soldats des Première et Seconde Guerres mondiales, tant vantés, deviennent vite les ennemis à abattre, que ce soit dans l'entre-deux-guerres avec les expéditions en Syrie, ou dans les années 1950 lors de la guerre d'Algérie.
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Elise ou la vraie de Michel Drach
| La thématique Paris-arabe se résume souvent, dans le cinéma français, à Paris-algérien. Dès le début de la guerre d'Algérie, les tensions se font sentir sur le territoire métropolitain jusqu'à devenir le véritable théâtre d'opérations militaires et clandestines. Le cinéma s'en fait l'écho dans les années 1980. De nombreux films traitant de la question des populations maghrébines en France s'arrêtent systématiquement sur la question de la guerre d'Algérie et des relations tumultueuses entre les communautés algériennes et le gouvernement, voire avec la population française elle-même. L'émission Les brûlures de l'histoire consacre un numéro à cette période historique trouble. Intitulé Le second front, le film revient sur l'origine des mouvements de libération, les créations de l'Armée de Libération Nationale, du Front de Libération Nationale et du Mouvement National Algérien.
F.L.N. et M.N.A. se livrent une lutte sans merci en métropole avant la victoire du F.L.N. Celui-ci mènera alors des actions en France dans le but de montrer aux Français ce que le peuple algérien subissait. Il ne s'en prend pas à la population, alors qu'il aurait été simple de le faire. Ses actions sont ciblées sur les forces de police et militaires. Ce documentaire revient sur les différentes parties en présence, F.L.N., police, services secrets, harkis, et démonte avec précision leurs rôles dans cette guerre loin de la guerre officielle.
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| | Une guerre aux multiples facettes |
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| | | Dans un premier temps, très peu de films traitent frontalement la question de la guerre d'Algérie. Ils préfèrent la prendre comme contexte général. Elise ou la vraie vie de Michel Drach, tiré du roman éponyme de Claire Etcherelli, relate l'arrivée d'une jeune femme à Paris, à la recherche de son frère qui travaille dans une usine. Elle y rencontre un ouvrier d'origine algérienne avec lequel elle a une relation. Ils subissent alors le racisme de leurs supérieurs et de leur entourage pour lesquels cette liaison est contre nature.
Pour continuer dans cette évocation de la guerre d'Algérie mais en entrant un peu plus dans le sujet, le film Les sacrifiés d'Okacha Touita met en scène l'arrivée de Mahmoud en France et son installation dans le bidonville de Nanterre. Il est aussitôt pris à partie par les membres du F.L.N. qui lui demandent de choisir son camp. Il n'a pas d'autres choix que de suivre le F.L.N. et commence à mener des actions de lutte contre le M.N.A.
Le film évoque ainsi la lutte armée que les deux clans se livraient avant la victoire définitive du F.L.N., qui peut alors avoir les mains libres en Algérie mais aussi en France. Les militants sont finalement arrêtés aux cours des nombreuses rafles de police et emprisonnés. Mahmoud, à force d'interrogatoires et de mauvais traitements, sombre dans la folie. Les "sacrifiés" apprennent la proclamation du cessez-le-feu le 19 mars 1962, alors qu'ils sont toujours en prison, abandonnés de tous.
La vie dans le bidonville de Nanterre est abordée dans Vivre au paradis de Bourlem Guerdjou. Lakhdar vit et travaille en France. La guerre d'Algérie fait rage, il fait donc venir sa femme et leurs deux enfants malgré la précarité dans laquelle il vit. Sa femme s'intègre très rapidement au réseau du F.L.N. alors qu'il a toujours évité de s'impliquer totalement, ne payant que ses contributions mensuelles. Elle devient plus active, cache des armes, des militants. Le fossé se creuse peu à peu entre eux : il voudrait sortir sa famille du bidonville, elle souhaiterait s'impliquer plus dans la lutte. C'est elle qui le force à participer à la manifestation du 17 octobre 1961.
Le film de Bourlem Guerdjou est l'un des premiers à traiter cet épisode de l'histoire de la guerre d'Algérie. Beaucoup de documentaires sont revenus sur cet événement mais très peu de fictions osent le nommer. Ainsi dans Elise ou la vraie vie, déjà mentionné, il est question d'une manifestation, mais il n'est pas dit explicitement laquelle.
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Une journée portée disparue de Philip Brooks et Alan Hayling
| À la suite de la mise en place du couvre-feu, quelques jours plus tôt par le préfet de police Maurice Papon, le F.L.N. décide de manifester le soir du 17 octobre. Les membres de l'organisation insistent sur le fait qu'il s'agit d'une manifestation pacifique, que tout le monde, hommes, femmes et enfants, doit y participer, et qu'en aucun cas les manifestants ne doivent montrer de signes d'agressivité ou porter sur eux des objets pouvant être pris pour des armes.
Mais le préfet en a décidé autrement. À plusieurs endroits, dont le pont de Neuilly, les heurts entre la police et les manifestants sont violents. La police charge, tire, bat les manifestants. Certains sont jetés dans la Seine. Beaucoup sont embarqués dans les cars réquisitionnés de la R.A.T.P. et parqués pendant plusieurs jours au Palais des sports ou dans d'autres lieux similaires, alors que de nombreux manifestants nécessitent des soins. On parle officiellement de 11538 arrestations (alors qu'il y en aurait eu 15000) et de 2 morts et 64 blessés. Le F.L.N. annonce, quant à lui, 200 morts et près de 400 disparitions. |
| "Le Paris arabe", sous la dir. de Pacal Blanchard, La Découverte, Paris, 2003 | |
Plusieurs documentaires sont consacrés à la manifestation. Une journée portée disparue, de Philip Brooks et Alan Hayling, et Le silence du fleuve, d'Agnès Denis et Mehdi Lallaoui, interrogent des témoins de l'époque, manifestants, policiers, membres du gouvernement et membres du F.L.N. Le silence du fleuve insiste sur les jours qui ont suivi la manifestation et l'habileté du gouvernement à étouffer l'affaire auprès de la presse. Pour s'en rendre compte il n'y a qu'à jeter un oeil sur les Actualités Gaumont d'octobre 1961 dans lesquelles le commentaire insiste plus sur la désobéissance des populations algériennes, leur insistance à vouloir braver le couvre-feu et l'interdiction de manifester, plutôt que sur les débordements de la police et ses abus.
Le documentaire de Philip Brooks et Alan Hayling, pour sa part, met en avant cet oubli par la population française de la manifestation du 17 octobre alors que celle du 8 février 1962 est restée dans les mémoires. Organisée pour protester contre les attentats de l'O.A.S., et réprimée aussi par la police (on compte 9 morts "français" ce soir-là), cette manifestation est restée dans les mémoires comme étant celle de la station de métro Charonne où les incidents avec la police ont éclaté.
Le court métrage expérimental de Denis Lévy, Mémoire en blanc, mêle d'ailleurs ces deux manifestations rappelant leur lien, comme si elles n'appartenaient qu'à un seul et même événement.
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Les ambassadeurs de Naceur Ktari
| Passées les émotions de la guerre d'Algérie, le problème du racisme ne s'estompe pas. Quelques films traitent de la question de l'immigration de travail et des problèmes rencontrés par les communautés nord-africaines.
Les ambassadeurs de Naceur Ktari suit l'histoire de Salah qui part de son bled pour venir travailler à Paris. Le réalisateur prend ce prétexte pour filmer le quartier de la Goutte d'or, dans le 18e arrondissement, et dénoncer les problèmes rencontrés par les immigrés : racisme des commerçants et des professeurs, logements mal adaptés, enfants arrachés à leurs parents, etc. Après le meurtre d'un lycéen par le gardien d'un immeuble, Salah va s'impliquer dans la lutte contre le racisme.
La même année, Yves Laumet dans Un samedi à la Goutte d'or va à la rencontre des habitants du quartier. Il interroge, dans un café, un homme qui lui raconte sa vie depuis son arrivée à Paris. Il filme un magasin de tissus, pose sa caméra dans la rue et capte l'activité de la population. Film plus politique, Voyage en capital d'Ali Akika et d'Anne-Marie Autissier suit le parcours d'un homme, Kader, et d'une femme qui ne se connaissent pas mais qui se sont rencontrés dans l'avion qui les ramène à Paris, après un séjour en Algérie. Il est ouvrier et vit avec un ami dans un appartement d'une pièce, elle est étudiante et vit chez ses parents.
Lorsque Kader et son ami doivent quitter leur chambre, ils se retrouvent dans un foyer Sonacotra de banlieue où ils prennent encore plus conscience de leur condition ouvrière et de la lutte à mener. A travers le cheminement parallèle des deux personnages et par une approche quasi documentaire, les réalisateurs mettent en avant les problèmes sociaux et politiques rencontrés par les travailleurs immigrés.
Avec Que fait-on ce dimanche ?, Lotfi Essid pose plus la question de l'exil que celle du racisme. Les deux protagonistes déambulent dans Paris à la rencontre des habitants. Les problèmes liés à leur condition d'immigrés sont abordés de manière transversale. Au début du film, lorsque l'un d'eux demande à l'autre ce qu'il veut faire, celui-ci répond qu'il ne sait pas mais qu'il ne veut pas le suivre toute la journée. Le premier lui rétorque alors : "[tu veux] jouer au tiercé, traîner d'un bistrot à l'autre et rentrer chez toi saoul et amer ?" La critique est difficile à avaler. Pour Lotfi Essid, il faut que les travailleurs immigrés acceptent de vivre dans leur nouveau pays et ne pensent pas seulement à repartir chez eux, à la première occasion.
Une autre vision de l'immigration est véhiculée dans le film d'Ahmed Rachedi Ali au pays des mirages. Ali est grutier, il vit dans un appartement qu'il partage avec deux amis, il est heureux dans son travail. Un jour il gagne à la loterie nationale et s'arrête donc de travailler pour un temps. Sa vie va alors progressivement changer. Il se rend compte qu'il n'appartient plus à la classe des ouvriers et pas encore à celle des nantis. Après quelques mois de vacances qui lui ont permis de voir la réalité de sa condition, il reprend son travail sur les chantiers de construction. Il aperçoit de sa grue un homme seul dans son apartement et qui a besoin d'aide. Il tente de lui porter secours mais est accusé de l'avoir tué et est arrêté par la police.
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| | | | Les deuxième et troisième générations |
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Jeunesse en quête d'une culture d'Ali Akika
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| | | Dès les années 1960, les hommes venus s'installer en France pour travailler font venir leur famille malgré les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent. Quelques documentaires s'intéressent à cette arrivée de la famille et interrogent les enfants sur leur souvenir, leur sentiment vis-à-vis de cette nouvelle vie. Ainsi le film d'Ali Akika Enfants d'octobre va à la rencontre d'Alima Bakhta qui retrace sa vie dans le bidonville de Nanterre, ses espoirs et désillusions. Dans la même veine, le film d'Idriss Karim Esquisse pour un portrait de famille interroge un frère et une soeur dont la famille vit en France depuis les années 1960. Tous les deux parlent de leurs problèmes et de leurs réussites, mais aussi d'une société française qui a tendance à les rejeter tant qu'ils n'ont pas fait leur preuve. Loin de tout misérabilisme, ce film expose les difficultés d'une famille d'origine étrangère à vivre sa nouvelle vie, entre tradition et nouveauté. C'est le cas de nombreux jeunes, qu'ils soient nés en France ou qu'ils soient arrivés en bas âge. Tous se posent la question de leur nationalité, leur culture. Les uns vivant cela comme un handicap, les autres comme une chance.
Ces problèmes sont exposés dans Jeunesse en quête d'une culture d'Ali Akika. Dans ce film, la caméra capte une conversation entre des jeunes artistes d'origine nord-africaine. On y croise entre autres Mehdi Charef, qui vient de terminer Le thé au harem d'Archimède, et Smaïn, jeune comédien. Tous deux vivent cette double culture de façon positive, leur permettant de créer un univers original. Ils s'opposent à d'autres jeunes artistes qui ne veulent pas faire partie de ce système qui crée, à leurs yeux, plus d'exclusion que d'intégration.
Un documentaire pour la télévision allemande (mais en français) s'intéresse au cinéma français du point de vue des réalisateurs d'origine maghrébine. Intitulé La rage de vivre et sous-titré le cinéma beur en France, il s'arrête sur cette invention d'une nouvelle culture qui intègre l'héritage des parents et la culture dans laquelle ces réalisateurs ont grandi.
Le documentaire cite, parmi d'autres, deux films d'Okacha Touita Les sacrifiés et Le rescapé, l'adaptation par Mehdi Charef du Thé au harem d'Archimède et Bâton rouge de Rachid Bouhareb.
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| | Problème de culture et place dans la société |
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La nuit du doute de Cheikh Djemaï
| Beaucoup n'arrivent pas à concilier ce poids des deux cultures et se sentent rejetés. Ni tout à fait français, ni tout à fait algérien (ou marocain, etc.). C'est le cas de la jeune femme dans La nuit du doute de Cheikh Djemaï. Elle est déchirée entre sa famille qui ne veut pas qu'elle sorte avec un Français, son petit ami qui la pousse à vivre avec lui chez sa mère et cette dernière qui ne comprend pas que son fils soit avec une jeune femme d'origine algérienne. Son drame est avant tout que personne ne la laisse libre de son choix.
Les soeurs Hamlet d'Abdelkrim Bahloul est une métaphore de cette recherche d'identité. Deux soeurs partent à Paris avec un ami pour sortir et faire la fête. Leur ami se sent mal, elles l'amènent à l'hôpital, mais ne peuvent plus rentrer chez elles. Elles errent dans la capitale toute la nuit et finiront par rencontrer un homme qui les éclairera sur leurs origines algériennes. À la différence de La nuit du doute, elles ne sont pas tiraillées entre deux cultures, parce qu'elles sont plus dans le déni, celui de leur mère qui refuse de parler de leur père. Mais le malaise apparaît au fur et à mesure puisque Sonia, l'aînée, a retrouvé ce père disparu et l'appelle parfois. Ce n'est qu'à la fin du film que l'on comprend vraiment que les deux soeurs vont devoir vivre avec ce secret et ce tiraillement.
Ces problèmes de culture vont parfois de pair avec un statut d'immigré en situation irrégulière. C'est le cas de Jallel dans La faute à Voltaire d'Abdellatif Kechiche. D'origine tunisienne, il se fait passer pour algérien afin d'avoir des papiers plus facilement. Le subterfuge ne marche pas. Jallel va de combines en combines pour régulariser sa situation. D'abord logé dans un foyer où il rencontre d'autres personnes à la marge, comme lui, il sombre peu à peu dans la dépression et se retrouve à l'hôpital. Il y rencontre Lucie, légèrement dérangée, qui le suit et veut vivre avec lui. Jusqu'au jour où il est arrêté par la police et renvoyé en Tunisie.
Dans Salut cousin de Merzak Allouache, Alilo arrive en France pour récupérer une valise pour son patron à Alger. Il débarque chez son cousin et découvre la vie parisienne, faite de sorties, de petites combines et de petits mensonges pour améliorer le quotidien. Alilo ne rêve que d'une chose : rester à Paris.
Ce balancement qui a du mal à trouver un équilibre est mis en scène par Jean-Pierre Sinapi dans Vivre me tue. Paul et Daniel y ont du mal à trouver leur place dans la société. Fils d'un employé de la S.N.C.F., ils vivent rue Ordener, dans le 18e arrondissement. Ils n'ont pas à proprement parler de problèmes d'intégration. Paul a un D.E.A. de Lettres Modernes mais ne trouve pas de travail et est prêt à sacrifier sa passion pour vivre convenablement. Daniel est totalement perdu et ne se retrouve que dans le sport et sa nouvelle passion pour le culturisme. Daniel, dans son errance physique et mentale, est même prêt à "retourner vivre au Maroc", ce à quoi son frère lui répond qu'il est né en France et n'a jamais été au Maroc.
Même avec cet épisode du "retour au Maroc" le film de Jean-Pierre Sinapi, tiré du roman de Jack-Alain Léger, traite plus de la difficulté à s'insérer dans une société dans laquelle le monde du travail est fermé que sur les problèmes d'une jeunesse entre deux cultures. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est l'un des rares films, avec celui de Michel Drach, réalisés par un cinéaste qui ne vient pas des pays du Maghreb.
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Le silence du fleuve, 17 octobre 1961 de Agnès Denis et Mehdi Lallaoui documentaire, 1991, couleur, 52min
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Le second front, La guerre d'Algérie en France 1954-1962, série Les brûlures de l'histoire
de Christophe Muel documentaire, 1996, couleur, noir et blanc, 1h04min
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Baton Rouge
de Rachid Bouchareb fiction, 1985, couleur, 1h22min
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La rage de vivre (Die Wut zu Leben), Das "cinéma beur" in Frankreich
de Jochen Wolf documentaire, 1991, couleur, 1h19min
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Douce France
de Malik Chibane fiction, 1995, couleur, 1h35min
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Vivre me tue
de Jean-Pierre Sinapi avec Sami Bouajila et Jalil Lespert fiction, 2003, couleur, 1h26min
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L'homme voilé
de Maroun Bagdadi avec Bernard Giraudeau fiction, 1987, couleur, 1h30min
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Salut cousin !
de Merzak Allouache avec Gad Elmaleh fiction, 1996, couleur, 1h40min
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